Créée au début des années 1970 par le Liberia et la Sierra Leone, rejointe ensuite par la Guinée puis par la Côte d’Ivoire, l’Union du fleuve Mano ambitionne de renforcer l’intégration entre quatre pays étroitement liés. Dans les zones frontalières, notamment en Guinée forestière autour de Nzérékoré, Guéckédou ou Macenta, cette proximité se vit au quotidien : familles réparties de part et d’autre des frontières, marchés hebdomadaires partagés, langues communes.
Sécurité, santé et commerce au cœur des enjeux
Les priorités de l’organisation couvrent plusieurs domaines : la sécurité transfrontalière, la facilitation des échanges, la gestion des ressources naturelles et la santé publique. L’épidémie d’Ebola qui a frappé la région au milieu des années 2010 a laissé des traces profondes et a rappelé l’importance d’une coordination sanitaire entre pays voisins. Depuis, des mécanismes de surveillance et d’échange d’informations ont été renforcés, selon les acteurs de la santé.
Sur le plan économique, les commerçants des marchés frontaliers souhaitent une circulation plus simple des marchandises et des personnes. Les infrastructures routières, souvent dégradées en saison des pluies, restent un frein important aux échanges.
« Ici, la frontière, c’est surtout sur la carte. Nos clients viennent de Sierra Leone et du Liberia. Si la route est bonne, tout le monde avance », témoigne Jean-Pierre Loua, commerçant au marché de Guéckédou.
Des attentes fortes des populations
Pour les organisations de la société civile, l’enjeu est de rapprocher les décisions prises au niveau régional des préoccupations des habitants. Elles plaident pour davantage de projets concrets : pistes rurales, centres de santé frontaliers, programmes pour la jeunesse ou initiatives de protection des forêts, qui constituent un patrimoine naturel commun.
Les spécialistes soulignent également le rôle que peut jouer l’Union dans la prévention des tensions et la promotion du dialogue entre communautés. Dans une région qui a connu des conflits douloureux, la paix et la stabilité restent des acquis à consolider.
Plus de cinquante ans après sa création, l’organisation reste un cadre de coopération dont les populations frontalières attendent avant tout des résultats visibles dans leur vie de tous les jours.