Sur les hauteurs du Fouta-Djallon, à une quinzaine de kilomètres de Labé, les champs de pomme de terre s’étendent en terrasses le long des bas-fonds. La culture, développée depuis plusieurs décennies dans la région, fait vivre de nombreuses familles. Mais un problème revient chaque saison : au moment de la récolte, tout le monde vend en même temps, et les prix chutent.
Pour y remédier, plusieurs groupements de producteurs ont choisi de construire des magasins de conservation. Ces bâtiments ventilés, souvent en briques et à l’abri de la lumière, permettent de stocker les tubercules pendant plusieurs semaines, voire quelques mois.
Vendre au bon moment
« Avant, on était obligés de céder notre récolte aux commerçants au prix qu’ils fixaient. Aujourd’hui, on peut attendre que les prix remontent », explique Thierno Mamadou Diallo, responsable d’un groupement d’une cinquantaine de membres dans la sous-préfecture de Popodara.
Les pommes de terre du Fouta sont acheminées vers Conakry, mais aussi vers d’autres villes du pays et parfois au-delà des frontières. Mieux étaler les ventes permet aux producteurs de profiter de périodes où l’offre est plus rare sur les marchés urbains.
La conservation, c’est notre banque. Ce qu’on stocke bien aujourd’hui, c’est l’argent de la rentrée et des fêtes demain.
Ces mots sont ceux de Diaraye Baldé, productrice et membre active d’une union de femmes maraîchères de Labé. Pour elle, la conservation a aussi permis aux femmes de mieux négocier avec les intermédiaires.
Des défis encore nombreux
Tout n’est pas réglé pour autant. L’accès aux semences de qualité et aux engrais reste un souci récurrent, et l’état de certaines pistes rurales complique l’évacuation des récoltes pendant la saison des pluies. Les producteurs plaident pour un meilleur entretien de ces routes et pour un accompagnement technique renforcé.
Certains groupements réfléchissent également à la transformation : découpe, séchage ou fabrication de chips artisanales, afin de valoriser les tubercules abîmés qui ne trouvent pas preneur.
Dans les villages autour de Labé, l’ambition est claire : faire de la pomme de terre du Fouta une filière plus rémunératrice et moins dépendante des aléas du marché. Une ambition qui repose, avant tout, sur l’organisation collective des producteurs.