Sur la route qui relie la Guinée à ses voisins, les camions chargés de marchandises et les minibus de voyageurs se succèdent aux postes frontaliers. Pour les commerçants qui vivent des échanges entre pays de la sous-région, la libre circulation des personnes et des biens, inscrite dans les textes de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) depuis plusieurs décennies, est une promesse essentielle. Mais sur le terrain, la réalité reste contrastée.
Beaucoup évoquent la multiplication des contrôles le long des axes routiers, les délais d’attente et les frais informels qui alourdissent le coût du voyage. Les femmes commerçantes, très présentes dans le commerce transfrontalier de produits agricoles, de tissus ou de produits manufacturés, se disent particulièrement exposées à ces difficultés.
Un enjeu économique majeur
Pour de nombreux observateurs, le commerce régional constitue pourtant un levier important de développement. Les marchés frontaliers, comme ceux de la Guinée forestière ou de la Haute-Guinée, jouent un rôle clé dans l’approvisionnement des populations et dans la création de revenus pour des milliers de familles.
« Quand la route est fluide, tout le monde y gagne : celui qui vend, celui qui transporte et celui qui achète. Chaque blocage se répercute sur les prix au marché », résume Mamadou Saliou Diallo, transporteur basé à Mamou.
Les organisations de commerçants plaident pour une meilleure information des usagers sur leurs droits, la simplification des procédures douanières et la généralisation des documents de voyage reconnus dans l’espace communautaire.
Un contexte régional en recomposition
Le débat intervient dans un contexte régional marqué par des évolutions institutionnelles importantes, avec des relations redéfinies entre certains pays du Sahel et l’organisation régionale. Pour les commerçants, l’enjeu principal reste concret : préserver les échanges qui font vivre les populations, quelles que soient les évolutions politiques.
Plusieurs initiatives de facilitation du commerce, portées par des partenaires régionaux et internationaux, visent à moderniser les postes frontaliers et à réduire les délais de passage. Leur mise en œuvre sera suivie de près par ceux qui, chaque semaine, prennent la route pour aller vendre de l’autre côté de la frontière.