Dans un immeuble récent de Kipé, dans la commune de Ratoma, trois jeunes femmes partagent depuis un an un appartement de trois pièces. Comptable, infirmière et développeuse web, elles se sont rencontrées par le bouche-à-oreille. « Seule, je n’aurais jamais pu payer ce loyer et l’avance de plusieurs mois exigée par le propriétaire », explique Aïssatou Barry, 27 ans, la comptable du groupe.
Leur situation n’a rien d’exceptionnel. À Conakry, la question du logement revient dans presque toutes les conversations entre jeunes actifs. Les loyers ont nettement augmenté ces dernières années dans les quartiers jugés pratiques, proches des axes routiers et des lieux de travail, et les propriétaires réclament souvent plusieurs mois d’avance à la signature.
Une pratique qui bouscule les habitudes
Longtemps, quitter la maison familiale avant le mariage était mal vu dans beaucoup de familles guinéennes. La colocation, courante dans d’autres capitales africaines, reste donc une petite révolution. Certains parents s’y opposent encore, d’autres finissent par l’accepter lorsque l’enfant travaille loin du domicile familial, à l’autre bout d’une ville où les embouteillages peuvent transformer un trajet en épreuve quotidienne.
« Mon fils habitait à Sanoyah et travaillait à Kaloum. Il passait près de quatre heures par jour sur la route », raconte Mamadou Saliou Keïta, retraité. « J’étais réticent au début, mais je préfère le savoir reposé et en sécurité avec des collègues sérieux. »
Des groupes en ligne pour trouver un colocataire
Sur les réseaux sociaux, des groupes dédiés à la recherche de logement à Conakry rassemblent désormais de nombreux membres. On y trouve des annonces de chambres à partager, mais aussi des mises en garde contre les faux démarcheurs qui encaissent des frais de visite sans jamais présenter de bien.
Il faut toujours visiter, rencontrer le propriétaire et écrire un contrat, même simple. Beaucoup de jeunes se sont fait avoir faute de précautions.
Ce conseil vient de Sékou Doumbouya, agent immobilier installé à Dixinn, qui constate une demande croissante pour des appartements de deux ou trois chambres destinés à être partagés. Selon lui, certains propriétaires restent méfiants et préfèrent louer à une famille, mais d’autres commencent à s’adapter.
Pour Aïssatou et ses colocataires, l’expérience est positive : charges réparties, sécurité renforcée et une certaine solidarité au quotidien. « On partage les courses, le groupe électrogène, et même les soucis », sourit-elle. Une manière, pour cette génération, d’inventer sa propre façon de vivre la ville.