Il est à peine 7 heures au marché de Madina, dans la commune de Matam, et les allées se remplissent déjà de porteurs, de clients et de tables chargées de pagnes, d’oignons ou de condiments. Derrière son étal de légumes, Hawa Sylla consulte son téléphone. Elle vient de recevoir la notification de sa cotisation hebdomadaire : sa tontine fonctionne désormais par mobile money.
La tontine, système d’épargne collective où chaque membre verse une somme régulière et reçoit à tour de rôle la totalité de la cagnotte, existe depuis des générations en Guinée. Ce qui change, c’est l’outil. Fini la collectrice qui fait le tour du marché avec une enveloppe d’argent liquide : les versements passent par le téléphone.
Moins de risques, plus de transparence
« Avant, on avait peur des vols, et parfois des disputes sur qui avait payé ou non », explique Hawa Sylla, présidente d’un groupe d’une vingtaine de vendeuses. « Maintenant, chaque transfert laisse une trace. Tout le monde peut vérifier. »
Les membres du groupe ont aussi créé une discussion sur une messagerie où sont annoncés les versements et l’ordre de passage. Pour celles qui ne savent pas lire, une jeune vendeuse se charge de transmettre les informations par messages vocaux.
La tontine, c’est la confiance. Le téléphone ne remplace pas la confiance, mais il l’aide à tenir.
Cette réflexion est celle de Néné Fanta Bangoura, vendeuse de tissus depuis plus de vingt ans à Madina. Grâce à la cagnotte reçue l’an dernier, elle a pu acheter un stock important avant les fêtes de fin d’année et agrandir son étal.
Des limites qui demeurent
Le système n’est pas sans contraintes. Les frais de transfert, même modestes, pèsent sur de petites marges, et les coupures de réseau compliquent parfois les versements. Certaines commerçantes préfèrent encore garder une part de leur épargne en liquide, par prudence.
Des associations d’appui aux femmes commerçantes encouragent toutefois cette évolution, y voyant une porte d’entrée vers l’inclusion financière. Pour plusieurs vendeuses rencontrées, la prochaine étape serait d’accéder à de petits crédits adaptés à leur activité.
En attendant, à Madina, la tontine reste ce qu’elle a toujours été : un filet de sécurité et un outil de solidarité entre femmes qui font vivre le premier marché du pays.