Kindia, surnommée de longue date la capitale guinéenne des fruits, produit chaque année de grandes quantités de mangues, d’ananas et d’agrumes. Mais pendant la haute saison, les producteurs voient souvent une partie de leur récolte pourrir sous les arbres ou au bord des routes, faute d’acheteurs ou de moyens de conservation.
Pour réduire ces pertes, plusieurs coopératives de la région se tournent vers la transformation. Séchage solaire, production de jus, de confitures ou de purées : ces activités permettent de prolonger la durée de vie des fruits et d’ouvrir de nouveaux marchés, à Conakry comme à l’étranger.
Des coopératives portées par les femmes
Dans un atelier situé à la sortie de la ville, une vingtaine de femmes découpent les mangues en fines lamelles avant de les disposer sur des claies de séchage. « Avant, on vendait à n’importe quel prix pour ne pas tout perdre. Avec le séchage, on peut vendre toute l’année », explique Mariame Soumah, présidente de la coopérative.
« Une mangue séchée bien emballée se vend plusieurs fois plus cher qu’un fruit frais en pleine saison. C’est ce qui nous permet de payer la scolarité des enfants. »
— Néné Kadiatou Diallo, membre d’une coopérative de Kindia
Les productrices soulignent toutefois plusieurs obstacles : coût des emballages, accès irrégulier à l’électricité, difficulté à obtenir des certifications sanitaires et manque de financement pour acquérir du matériel plus performant.
Un potentiel encore sous-exploité
Pour Ibrahima Kalil Fofana, agronome basé à Kindia, la filière fruitière pourrait devenir un véritable moteur économique. « Le climat et les sols sont favorables. Ce qui manque, c’est l’organisation de la chaîne : stockage, transport frigorifique, transformation et accès aux marchés », analyse-t-il.
Il cite l’exemple de producteurs qui commencent à exploiter la proximité du port autonome de Conakry pour envisager l’exportation, à condition de respecter des normes de qualité exigeantes. Des formations sont régulièrement organisées par des partenaires techniques pour accompagner les coopératives.
Les acteurs de la filière espèrent que ces initiatives, encore modestes, inspireront d’autres régions productrices comme Mamou ou Labé. Pour beaucoup, la transformation locale représente un moyen concret de créer des emplois, surtout pour les femmes et les jeunes, tout en valorisant une richesse agricole longtemps négligée.