Bleu profond, motifs géométriques, texture légèrement rugueuse : le leppi est immédiatement reconnaissable. Ce tissu teint à l’indigo, emblématique du Fouta-Djallon et notamment de la région de Labé, a longtemps été réservé aux grandes occasions, mariages, baptêmes ou fêtes religieuses. Aujourd’hui, il connaît une seconde vie entre les mains de jeunes créateurs de mode.
Lors de plusieurs défilés organisés récemment à Conakry, des collections entières ont été construites autour de cette étoffe. Vestes ajustées, robes longues, chemises courtes ou accessoires : le leppi se décline désormais dans des coupes contemporaines, pensées pour le quotidien comme pour les soirées.
Un savoir-faire artisanal à préserver
Derrière cet engouement se trouve un travail artisanal exigeant. La teinture traditionnelle repose sur des techniques de nouage, de pliage et de bains successifs, transmises principalement par des femmes teinturières. Plusieurs d’entre elles voient dans l’intérêt des stylistes une occasion de mieux valoriser leur métier, à condition que la demande se traduise par des revenus plus justes.
« Quand une cliente me dit qu’elle veut porter du leppi au bureau, je sais qu’on a gagné quelque chose. Mais il ne faut pas oublier les mains qui le fabriquent », confie Hawa Baldé, styliste installée à Kipé.
La concurrence des tissus imprimés industriels, souvent importés et vendus moins cher sur les marchés, reste un défi. Certains créateurs ont choisi de travailler directement avec des coopératives de teinturières de Labé et de Pita afin de garantir l’origine du tissu et de soutenir la production locale.
Un succès qui traverse les frontières
Les réseaux sociaux ont largement contribué à cette popularité. Des Guinéens de la diaspora, à Paris, Bruxelles, New York ou Dakar, commandent désormais des pièces en leppi pour affirmer un attachement à leurs racines. Des boutiques en ligne ont vu le jour pour répondre à cette demande.
Pour les acteurs du secteur, l’enjeu est désormais de structurer la filière : formation, accès aux matières premières, valorisation de l’origine. Le leppi, lui, semble avoir trouvé sa place, entre héritage et modernité.